Les petits candidats, perdants d’avance

Ils se seront courageusement battus pendant quelques mois. Contre des sondages qui les donnaient perdants, contre des médias qui préféraient les ignorer, et contre une certaine fatalité : celle de la défaite inéluctable pour ces six « petits » candidats.

Difficile parmi ces six personnalités de savoir qui croyait vraiment au second tour, qui n’y a jamais cru, et qui n’en voulait pas. Ils auront également apporté une certaine légèreté à la campagne, et parfois même une vraie authenticité en remportant le grand débat. Retour sur ceux qui auront raflé la victoire des cœurs.

Poutou et Arthaud : pas de regrets

Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), arrive 8e à l’élection avec un score de 1,10% et 392 000 suffrages exprimés. De son côté Nathalie Artaud arrive avant dernière (9e), la candidate de Lutte Ouvrière (LO) ne passant pas la barre des 1% (0,65%) avec 231 000 suffrages. C’est un total de 1,75% et presque 650 000 électeurs qui auront fait le choix de l’extrême-gauche.

Le seul regret pour Philippe Poutou et Nathalie Artaud est finalement de voir que le terrible système néolibéral de la Ve République signe et persiste. Il porte même au second tour le candidat de l’oligarchie et celle du racisme. Après tout, ils ne désiraient pas gagner : portée par le courant ouvertement marxiste de son parti, Mme Artaud n’entendait que « faire entendre les voix des travailleurs » là où le trotskiste Philippe Poutou a maintenu que le seul changement drastique se fera un jour dans la rue. Alors pas de regrets pour le second tour, mais leur mission est loin d’être accomplie.

Pour la suite des réjouissances, Nathalie Artaud fait le choix du vote blanc « en rejetant le FN, mais sans croire que Macron est un barrage » ce qui sonne un brin prophétique. De son côté, Philippe Poutou n’est pas plus engagé : considérant que ce sont belles et bien les politiques de M. Macron qui ont fait monter le FN, pour lui « il ny a pas dautre solution que de reprendre la rue ». Difficile d’imagine les quelques électeurs communistes voter pour Emmanuel Macron ou Marine Le Pen, ils feront probablement le choix de l’abstention.

Asselineau : on nentend plus lUPR

Plus actifs que les Insoumis, et plus qualifiés sur la Constitution ou le TFUE que votre prof de droit constitutionnel, la défaite est lourde pour les partisans de l’Union Populaire Républicaine (UPR). Beaucoup dans ce petit parti extrémiste croyaient en la victoire de leur candidat, l’énarque et HECien François Asselineau. Ce dernier arrive 9e de l’élection avec 0,92% du scrutin, et 330 000 électeurs.

Il n’est pas très compliqué d’expliquer la défaite du parti du Frexit inconditionnel devant le succès de Marine Le Pen. Pour autant, force est de constater que François Asselineau, sans doute le plus souverainiste, eurosceptique, et protectionniste des candidats, y croyait. Le second tour semblait peut-être lointain, mais la barre symbolique des 1% si proche, le retour à la réalité est difficile.

Fidèle à sa stratégie de communication numérique, François Asselineau a tenu un live de plus d’une heure sur Youtube après l’annonce des résultats. Partisan de la théorie du complot, il ne semble pourtant pas nier les chiffres avancés, mais préfère mettre l’accent sur « la situation très grave de la France ». Dénonçant « la marionnette de loligarchie financière » et « la famille qui permet au système de se maintenir », prédisant « la septième défaite des Le Pen au terme de la tragédie grecque quon nous sert depuis 30 ans », François Asselineau ne donne aucune consigne de vote. Le report de voix de 1% pourrait bénéficier à Marine Le Pen, mais les électeurs de l’UPR étant farouchement anti-système et anti-frontiste, il y a fort à parier que l’extrême majorité privilégiera le vote blanc.

Jacques Cheminade : un trou noir électoral

Le doyen multirécidiviste de la présidentielle (déjà 75 ans), Jacques Cheminade s’écroule une fois de plus au soir du premier tour. Arrivé 11e et bon dernier, le président de Solidarité et Progrès (S&P) totalise par ailleurs son plus mauvais score avec 0,18% du scrutin, pour un ensemble de 65 000 électeurs. À défaut d’être allé dans les étoiles, Jacques Cheminade sombre dans un trou noir électoral.

Évidemment, en olibrius ultime de cette élection, il est difficile de croire que Jacques Cheminade avait foi en la victoire. Les deux derniers 0,25% en 1995 et en 2012 devait avoir valeur d’enseignement pour cet ancien énarque (comme quoi entre lui, Asselineau et Henry de Lesquen, l’ENA ne produit pas que des membres du système). Il menait sans doute le dernier round d’un combat de sensibilisation noble : celui de la lutte contre la financiarisation, et celui de l’exploration spatiale, des nouvelles frontières. Pour autant il se félicite de tous ceux qui lui ont fait confiance, et a annoncé que S&P serait présent aux législatives.

Gaulliste de gauche avant tout, Jacques Cheminade a dit qu’il ferait, à titre personnel, barrage à Marine Le Pen, sans pour autant donner de consignes de vote à ses 65 000 partisans. Bien qu’ils pèsent peu dans la machine électorale, les « cheminadistes » iront sans doute aux urnes, protéger la république si chère au Général De Gaulle.

Jean Lassalle : la symphonie pastorale

L’outsider des outsiders, l’OVNI (désolé Jacques Cheminade) de cette élection, se sera lui aussi esquinté sur les falaises électorales. L’ex compagnon de marche de François Bayrou, béarnais, maire de Lourdos-Ichère et député des Pyrénées-Atlantiques, 5e en nombre de parrainages, fondateur du mouvement Résistons!, il a tout de même défié les statistiques. Annoncé à 0,5% il réalise un score de 1,21% et recueille 433 000 voix.

Peut-être qu’au fond, Jean croyait pouvoir y arriver. En tout cas à défaut d’avoir gagné la présidentielle, il aura su apporter la légèreté qui manquait à cette élection. Avec son accent chantant, sa simplicité, son humour, et son parler au relent de pastaga, Jean Lassalle a transmis une certaine image de bienveillance aux français. Il aura peut-être souffert de l’autre candidat centriste Emmanuel Macron, qu’il ne porte pas dans son cœur, mais peut-être fier de s’être hisser 7e de cette élection présidentielle, devant des énarques et des communistes réseautés.

Ne cachant pas sa déception de ne pas être au second tour, Jean Lassalle félicite tout de même les français qui ont fait le choix [à lire avec l’accent du midi] « dune certaine idée de la civilisation ». Ne donnant pas de consignes de vote, ni son avis personnel, Jean Lassalle affirme quand même que désormais « nous entrons en résistance ! ». De là à y voir une référence à un certain moment de l’Histoire de France, il n’y a qu’un pas.

NDA : « Il est moins grave de perdre, que de se perdre » – Romain Gary

Sans surprise, il est le plus grand des petits candidats. Le candidat de Debout La France (DLF) a en effet récolté 4,73% des suffrages, pour un total de presque 1,7 millions d’électeurs, qui se sont retrouvés dans le discours souverainiste de Nicolas Dupont-Aignan. Une défaite de plus pour le maire d’Yerres, mais de tout de même ! Une place de gagnée (6e) et 3% de suffrage de plus qu’en 2012, un certain succès cet ancien sciencespiste et énarque.

Nicolas Dupont-Aignan a ainsi sans doute réussi son pari : celui de devenir une force politique secondaire, mais tout de même alternative à l’extrême droite et à la droite traditionnelle. DLF s’offre une bonne dynamique sous l’égide d’un candidat honnête, sincère, qui n’a jamais changé de ligne durant la campagne, et fidèle à ses idées (qui tout de même rappelons le, ne sont pas celles d’enfant de chœur).

Il se place dans une situation désormais très tendue. Avec presque 5% d’électeurs à droite de la droite, et à gauche de l’extrême droite, une partie du sort du second tour est entre les mains de celui qui veut que la France se lève. Nicolas Dupont-Aignan a toujours refusé les alliances avec le Front National, et n’a jamais appelé à voter pour eux. Il a par ailleurs beaucoup insisté sur le fait que la présidente du FN comme le candidat LR était en tractation avec la justice, sachant que son programme défendait le casier vierge obligatoire pour briguer un mandat d’élu. Il y a fort à parier qu’il ne ralliera pas à Marine Le Pen, mais ses électeurs seront fortement dragués, et tentés.

Benoit Hamon : la désillusion

Candidat surprise de ce classement, Benoît Hamon n’a pas sa place parmi les grands candidats mes plutôt aux côtés de NDA. Il se place 5e, avec 6,35 maigres pourcents, et 2,2 millions d’électeurs. Il a sans surprise affirmé sa volonté de faire barrage au PS en votant pour Emmanuel Macron.

La défaite cuisante de Benoit Hamon, miné par le vote utile envers Jean-Luc Mélenchon, rend extrêmement flou le sort du Parti Socialiste : le frêle esquif à la rose voguera-t-il en pleine tempête législative, ou sombrera-t-il entre la mer Insoumise et les îles En Marche ? Il n’est pas à exclure que beaucoup de personnalités socialistes désertent le navire pour l’un ou l’autre camp.

Qui sait, la défaite d’Hamon sonne peut-être le glas du PS.

In fine 

Au total, c’est donc environ 5,3 millions d’électeurs (soit 14%) qui ont fait le choix des petits candidats. Une masse significative avec des points communs : un rejet de la finance, de l’Europe actuelle, et surtout du système.

Ces électeurs n’ont plus qu’à se répartir entre le FN, la Marche, ou le blanc. Un exercice qui s’annonce difficile pour certains.

Sébastien CAZABON

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