Cinq partis à la croisée des chemins

Au soir du second tour, qui a qualifié Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les cinq principaux candidats ont connu des fortunes diverses et se tournent vers un avenir plus ou moins sombre.

5 partis

D’abord, les perdants sont plus ou moins identifiables. Le PS est évidemment le principal. Il subit une déroute historique, certes la cinquième place était attendue mais ce score de 6% lui inflige une claque dont il sera intéressant de voir s’il se relève. Son électorat a massivement choisi le vote utile et Mélenchon. Il a perdu son pari d’incarner la candidature de gauche légitime. En 2002 le PS avait désigné les « petits candidats » de gauche, Chevènement en tête, comme responsables de l’éparpillement des voix qui a porté le FN au second tour. Cette fois c’est l’habituel grand parti de gauche qui est accusé par les « insoumis » d’avoir ôté les quelques voix qui leurs manquent pour devancer Marine Le Pen. Déjà au bord de l’implosion après la défaite de Ségolène Royal en 2007, Martine Aubry avait su réunifier le parti et François Hollande avait profité de l’anti-sarkozisme. Cette fois, deux pôles ont émergé à sa gauche et à sa droite (la France Insoumise et En Marche!), qui pourraient bien attirer les opportunistes ou ceux qui ne croient plus au parti socialiste. Ce parti a besoin d’un leader pour se remobiliser avant les législatives mais on voit mal qui peut endosser ce rôle. Benoit Hamon semblait incarner le futur du PS après sa victoire des primaires, mais nul ne prédisait telle déroute. Il sera difficile pour un autre « frondeur » de s’imposer comme le leader de la gauche face à Jean-Luc Mélenchon. L’aile droite a subi un désaveu avec Manuel Valls et l’espace est occupé par En Marche!. Le parti est en crise.

Mélenchon, justement, est à ranger parmi le rang des vaincus. Certes il s’est hissé comme le grand candidat de la gauche, son score est historique et surtout inimaginable il y a encore un mois. Mais voilà, confortés par les récents sondages les insoumis s’étaient vu au second tour et les militants s’acharnaient sur Emmanuel Macron pour prendre sa place aux côtés de Marine Le Pen. S’ils relevaient l’excellent score de leur candidat hier soir, l’attitude de ce dernier lors de son discours trahissait un abattement, tout comme sa réticence à accepter les résultats de 20 heures. Dans son expression, sa voix et même ses propos il semblait groggy. Le mouvement a peut-être raté sa chance, la lutte à gauche s’annonce féroce en vue des législatives avec le PS. Toutefois il a complètement refondé l’équilibre des forces et en cas d’implosion du PS il sera en mesure de peser dans l’opposition.

A droite, l’autre parti traditionnel a lui aussi échoué. François Fillon a raté son pari de se maintenir et son avenir politique s’est considérablement assombri. Il portera personnellement la responsabilité de cet échec à une élection que l’on croyait jouée dès la primaire. Son parti lui est tourné les législatives qu’il doit gagner pour maintenir son unité, prouvé que c’est la défaite d’un homme et l’effet d’un affaire et non leur 21 avril 2002. L’année électorale est loin d’être perdue et le parti a encore toutes les chances de remporter les législatives et ainsi de former un gouvernement, le pays renouerait avec la cohabitation pour la première fois depuis le passage au quinquennat.

Pour les deux qualifiés, le triomphe n’est pas le même. Marine Le Pen atteint son objectif de second tour a fait encore mieux que son père en 2002. Si le score est historique pour l’extrême droite française, il est paradoxalement teinté de déception. Cette fois le parti ne peut pas s’autoproclamer « premier parti de France » comme aux dernières élections locales (départementales et régionales). On ne parlera pas de vague bleu marine et le score de 22% est moins important que ce que certains redoutaient. Dans l’optique du second tour ce socle de voix parait bien maigre et Marine Le Pen devra ratisser large, en convaincant à la fois des fillonistes et des mélenchonistes. Même en cas de défaite, son score ne sera pas anodin, il pourrait valider ou non la stratégie de Florian Philippot et décider de son avenir au parti.

Pour Emmanuel Macron en revanche le triomphe est total, et très peu modeste pour un premier tour. Il est apparu très soulagé, heureux et excité devant ses militants, dès son arrivée en voiture. Dans son discours il ne s’est pas focalisé sur la présence du Front National face à lui, contrairement à Chirac en 2002. Il s’est même permis de faire applaudir les candidats malheureux ainsi que sa femme. Passé du statut d’inconnu, d’électron libre, d’outsider puis de favori en à peine trois ans, il est en passe de devenir le plus jeune président de la cinquième République sans être issu d’un parti traditionnel. D’après sa joie, il s’y voit déjà. A lui ensuite d’entretenir une dynamique pour remporter les législatives, ce qui serait pour sa jeune formation un exploit encore plus retentissant.

Marin Pugnat

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