11 candidats, 4 heures, 2 journalistes, 0 idées ?

Hier soir, un évènement inédit républicain a eu lieu. Un débat à onze candidats, intégrant de fait les 6 « petits » candidats. Les cinq gros bonnets de la présidentielle ont donc dû descendre de leur piédestal médiatique pour se mêler à la mêlée démocratique et jouer des coudes : Mélenchon contre Arthaud, Hamon versus Poutou, Le Pen face à Asselineau, Macron contre Lassalle, et Fillon versus Nicolas Dupont Aignan. Jacques Cheminade, de son côté, est resté en orbite.

Alors quid de ce débat sauvage ? De cette corrida verbale ? De ce combat de catch oral ? Et bien, ce que tout le monde craignait s’est fatalement produit : personne n’a rien dit.

Rien n’est ressorti du débat. Les grands candidats sont restés sur leurs acquis et se sont tenus à marteler quelques idées phares, ou à rester discrets. Et pour cause : les petits candidats étaient, eux, venus avec véhémence et colère. Quatre heures durant, ils ont apostrophé les favoris pour leur opposer leurs propres programmes parfois un peu iconoclaste ou difficilement compréhensible (celui de Cheminade, pour ne citer que lui). Ainsi, les cinq champions n’auront pas eu l’occasion de se battre entre eux, obligés de s’enliser dans les attaques sauvages de ces teigneux lutins.

La revanche des petits candidats

Si les bases électorales de Mélenchon et Macron se sont mobilisées après le débat pour faire triompher leurs champions dans les sondages (Mélenchon désigné grand gagnant, suivi par Macron), il est clair que cela ne reflète pas la réalité.
Pour rétablir la lumière sur cette soirée endiablée, voici mon classement personnel et authentique, à froid, qui vous permettra d’y voir plus clair.

1 : Philippe Poutou

Excellente prestation du candidat du NPA. Il a volé la vedette à Jean-Luc Mélenchon, lui qui pourtant se plaignait des « pudeurs de gazelle » de ces adversaires lors du débat à cinq, au sujet des affaires Fillon et Le Pen. Il a dû s’incliner devant l’ouvrier de Gironde (le Sud !) qui a clairement désigné les candidats de droite et d’extrême comme étant malhonnêtes et corrompus. Il n’a pas épargné Fillon sur sa rigueur proclamée mais sa tendance à voler les deniers publics. Il signe son coup d’éclat en rappelant à Marine Le Pen que, contrairement à elle, « on n’a pas de protection ouvrière nous, quand la police nous appelle, on y va ! » déclenchant l’une des deux seules ovations du public. Au demeurant un peu brouillon, il a su détailler la simplicité de son programme : hasta la revolución !

2 : Nicolas Dupont Aignan

Le plus grand des petits a été particulièrement violent contre Fillon, Le Pen, et Macron ; c’est à dire contre les seuls candidats auquel il peut prendre des voix. Il a su rappeler les bilans des anciens membres des précédents gouvernements, et soulevé la violence du programme de Marine Le Pen. Très clair sur la moralisation de la vie politique, il s’est tenu en présidentiable. Mis à part une attaque efficace de Fillon sur sa présence au cabinet de Bayrou, il a bien résisté face aux autres.

3 : Jean Lassalle

La victoire des cœurs. Berger du Béarn (le Sud !), gréviste de la faim, occitanophone, marcheur français, et cinquième candidat en termes de parrainage, Jean Lassalle est resté extrêmement cordial et digne face aux autres, ne se jetant pas dans la fange, digne, au-dessus. Ayant su remettre les journalistes à leur place alors qu’elles essayaient de le piéger, interpellant les français directement face caméra, et soulevant des problèmes extrêmement spécifiques et concret. Au courant de la ruralité, et seul candidat à s’être rendu en Syrie, il est peut-être hélas resté trop discret.

4 : Jean Luc Mélenchon

Meilleur orateur du débat, tribun de la plèbe, efficace face à Arthaud, moins face à Poutou. Il est resté dans son rôle de candidat de la « vraie gauche», évitant de se frotter aux petits il a privilégié une bonne tranche de clash avec Le Pen. Efficace sur la religion, penaud sur l’Europe, il demeure le champion des grands, mais semble avoir raté sa chance de tacler Hamon pour lui prendre ses voix.

5 : François Asselineau

Le candidat qui monte malgré le silence des médias a enfin eu les projecteurs sur lui. Malgré quelques surabondances d’article de la Constitution ou de tel ou tel autre traité, il a su en profiter. Son programme était le plus clair, point par point, et centré autour de son thème phare : le Frexit. Efficace contre Le Pen, il s’est imposé comme LE candidat d’extrême droite hier soir.

Pour les autres quelques mots tout de même :

  1. Macron : trop discret pour être remarqué, il est resté calme, ni à gauche, ni à droite, bref ventre mou.
  2. UMPS : François Hamon a eu du mal à échapper aux attaques des petits candidats, tandis que Benoit Fillon était toujours aussi timide.
  3. Narine Le Pen : j’avais peur quand elle souriait, il faut qu’elle aille chez le dentiste.
  4. Nathalie Arthaud : beaucoup de vérité, mais les patrons ne sont pas le dénominateur commun du mal du monde !
  5. Jacques Cheminade : a débarqué en soucoupe volante, vit dans le futur.

 

 

Sébastien Cazabon

 

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