Le séisme Trump, une nouvelle leçon pour les démocraties occidentales

Alors que l’Europe connait une poussée de l’extrême droite, que le Royaume-Uni a claqué la porte de l’Union Européenne, un nouveau coup est asséné aux démocraties occidentales avec l’élection du populiste Donald Trump de l’autre côté de l’Atlantique. L’illustration de faillites qui appellent un changement urgent.

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4 juillet 2015, Miami. Crédits : Yann Schreiber

Quand je me suis réveillé le matin, je m’attendais à ce que les Etats-Unis aient élu pour la première fois une femme comme présidente. Après un président noir, ils montreraient une nouvelle fois leur avance sur nous en terme de diversité. Ce n’est qu’après plusieurs minutes que je regarde mon téléphone pour m’assurer de sa victoire, et que le désastre a été évité. Depuis j’ai toujours du mal à réaliser que le prochain président de la première puissance du monde sera Donald Trump pour au moins les quatre prochaines années. Tout a déjà été dit sur lui, à tel point que cette issue paraissait impossible, mais c’est arrivé et il va falloir faire avec et en tirer des leçons.

Une nouvelle déroute des sondages

Ce résultat confirme, après le Brexit, que malgré les enquêtes toujours plus nombreuses et précises des instituts de sondages, le résultat d’une élection n’est jamais totalement prévisible. Le moment de vérité reste celui où les électeurs se rendent dans les bureaux de vote. Dans les dernières heures avant les résultats la probabilité de victoire de Mme. Clinton était évaluée à 80%. Ce choc rappelle notre rôle de citoyen, pour choisir celui qui nous représente ou au moins pour éviter une telle déconvenue. La France n’est pas à l’abri d’une telle surprise, que ce soit à la primaire de la droite et du centre ou à l’élection présidentielle où la tentation populiste est bien présente.

Il faut aussi se demander comment un homme d’affaire aussi vulgaire, choquant et non qualifié pour un tel poste, controversé au sein même de son parti, a pu triompher de la sorte. On ne peut pas se limiter à la supposée bêtise des américains, un jugement méprisant et peu constructif. Peut-être à cause mode de scrutin indirect, puisqu’il s’avère que Clinton a recueilli la majorité des suffrages, mais l’écart (environ 200 000 votes) est  trop faible pour crier à l’abscence de légitimité et un changement de ce mode n’est pas envisageable.

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La Trump Tower à Chicago. Crédits : Yann Schreiber

Une double fracture

La victoire de Trump et la défaite de Clinton révèlent une faillite des responsables politiques américains. Donald Trump est parvenu à incarner le rejet de l’establishment, des élites politiques et économiques dont émane sa rivale. De nombreux citoyens ne se sentaient pas représentés par leurs élus. C’est un candidat qui n’est pas un homme politique et se présentant comme contre ce système qui l’a emporté. Ce sentiment de manque de représentativité et d’une société à deux vitesses n’est pas propre aux Etats-Unis, déjà en Pologne, PiS (Droit et Justice) avait su rassembler les laisser-pour-compte de la mondialisation. Les nouveaux venus Podemos et Syriza avaient rapidement percés en Europe du Sud face aux partis établis. Même en France le Front National se veut le parti du peuple contre le « système ». Aux Etats-Unis, comme en Europe, un fossé, réel ou fantasmé, s’est creusé entre les représentants et le peuple qui se sent impuissant.

Ajoutez à cela un accroissement des inégalités et une crise économique qui touche les plus démunis et vous obtenez un terreau parfait pour les populistes. Si un candidat aussi clivant a pu l’emporter, c’est aussi parce que la société américaine semble coupée en deux. Donald Trump a su s’attirer les voix de ceux qui ne se sentent pas appartenir au même monde que l’Amérique qui réussit, les ruraux et les non-diplômés. Il a su tirer sur la corde nostalgique avec son slogan « Make America Great Again« . Les résultats illustrent également la division entre les générations puisque les jeunes ont massivement voté démocrate. Déjà il y a quelques mois, les jeunes s’étaient prononcés pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne.  Alors qu’en Europe les sociétés se fracturent entre les gagnants et les perdants de la mondialisation, comment éviter que ce phénomène populiste qui continue de se propager ?

Une remise en question urgente

Blâmer le peuple, trop naïf, trop manipulable, trop égoïste et raciste est tentant, mais est trop facile. Les politiques, responsables de ce fossé, doivent impérativement se remettre en question. Pour ne pas laisser le champ libre aux populismes, les hommes politiques doivent se rapprocher du peuple dans leur langage et dans leur éthique. L’idée de renouveau politique revient régulièrement et pour l’instant il ne s’est pas opéré. Et pourtant, il y a urgence. Un des défis est de réconcilier les deux morceaux de la société.

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Hillary Clinton lors d’un discours en juillet 2015. Crédits : Yann Schreiber

On peut aussi interroger le traitement médiatique de la campagne. Donald Trump, avec ses tweets choquants au milieu de la nuit et ses coups de fils aux matinales, a réussi à s’imposer dans les télés américaines qui de leur côté se réjouissaient des audiences inédites. Omniprésent, celui qui a cumulé deux fois plus de temps d’antenne que sa rivale est apparu dès les primaires comme un sérieux prétendant et a pu mobiliser son électorat avec un discours clivant.

Un sursaut à espérer

Finalement, cette élection aura peut-être le mérite de produire une double prise de conscience. La première doit être cherchée du côté des politiques. Si au fil des élections et de la montée des extrêmes les responsables politiques annoncent sans cesse des changements dans la manière de faire de la politique, espérons que cette fois ils prendront conscience de la demande profonde des peuples. L’autre prise de conscience concerne les peuples eux-mêmes. D’une part un échec de Trump en tant que président discréditerait les mouvements populistes à l’avenir. D’autre part cette surprise pourrait produire un sursaut des citoyens. En effet, conscients que le pire est possible, on peut espérer qu’ils se mobiliseront davantage lors des prochaines élections pour éviter un tel basculement, à commencer par 2017.

Marin Pugnat

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