Le point anarchiste : Bakounine et la religion

Cinquième point anarchiste, avec cette fois la critique de la religion par Mikhaïl Bakounine dans son ouvrage Dieu et l’Etat paru en 1882.

« Si Dieu est, l’homme est esclave ; or l’homme peut, doit être libre, donc Dieu n’existe pas.» [1]

Ce syllogisme, tiré de  (1882)[2] présente de manière (très) synthétique la position tranchée de , dans son ouvrage, contre la religion.

L’auteur y présente que l’Homme s’est fait le créateur d’un monde imaginaire, régi par un « être imaginaire crée par leurs fantaisie abstractive », et se serait rendu esclave de cet espace divin.

Le matérialisme de Bakounine s’exprime clairement dans son ouvrage, notamment lorsqu’il écrit que :

« ce ne sont pas ces individualité abstraites, ce sont les individus réels, vivants, passagers, qui font l’histoire. Les abstractions n’ont point de jambes pour marcher, elles ne marchent que lorsqu’elles sont portées par des hommes vivants ».

La religion aurait totalement inversé l’ordre matériel de la création. En effet, elle aurait fait de l’Homme un être « créé » par un Dieu, qui lui serait « incréé », alors même que Dieu aurait été créé par l’Homme.

A ceux qui lui diraient que « tous les peuples passés et présents ont cru et croient à l’existence de Dieu » pour légitimer sa présence, il leur demande « mais qu’y-a-t-il de plus antique et de plus universel que l’esclavage ? » et « faut-il en conclure qu’il s’agit de nécessités absolument inhérentes à l’existence même de la société humaine ? ». Il avance en effet que l’Homme du passé, peureux face à ses dieux inventés et encore « animal » dans ses manières d’être, représente le passé. L’Homme doit donc se méfier de ce qui lui semble avoir toujours existé « car derrière nous est notre animalité et devant nous notre humanité ».

Le philosophe dénonce aussi le fait que la religion a profité de l’ignorance de la population pour s’implanter et lui imposer des « traditions » et rites ne reposant aucunement sur la raison. Ce faisant, elle lui a également inculqué l’idée de sacrifice dans le monde « du bas ». Le sacrifice passe entre autres par une vie de labeur en vue d’être en accepté dans le monde « d’en haut » après la mort.

Il s’agit là de l’un des aspects de la coopération entre « Dieu et l’Etat », car « écrasé par son travail quotidien, privé de loisir, de commerce intellectuel, de lecture » le peuple n’a pas le temps ni même l’idée de se révolter contre le pouvoir qui exploite sa force et son esprit.

S’étant courbé devant l’abstraction qu’est Dieu, selon l’auteur, le peuple s’incline également devant une hiérarchie qu’il ne choisit pas. En effet, les hommes d’Eglise ne tirent leur autorité que de la foi des fidèles et non de la raison de ceux-ci. Face à cela, il semble plus logique à Bakounine de compter sur sa raison, qui représente sa liberté. Il écrit donc : « Je m’incline devant l’autorité des hommes spéciaux parce qu’elle m’est imposée par ma propre raison ».

Il insiste ensuite sur la contradiction entre la théorie et la pratique qu’a montré l’Eglise chrétienne dans l’Histoire :

 « qu’y-a-t-il de plus sublime […] que la doctrine du Christ prêchée par cette Eglise, et qu’y-a-t-il de plus brutalement matérialiste que la pratique constante de cette même Eglise […] ? ».

Dans le cas de l’Eglise, comme l’explique le philosophe, l’idéalisme théorique de l’Eglise s’est traduit en un brutal matérialisme pratique alors même que du côté des socialistes,  « le drapeau du matérialisme théorique, le drapeau rouge de l’égalité économique et de la justice sociale, est soulevé par l’idéalisme pratique ».

Face à tout cela, la solution que met avant Bakounine, c’est l’éducation :

« l’instruction générale, égale pour tous et pour toutes afin que les masses, [cessent] d’être des troupeaux menés et tondus par des pasteurs privilégiés ».

Il s’agit de retrouver sa liberté. Cela nécessitera des efforts mais « mieux vaut l’absence de lumière qu’une fausse lumière allumée parcimonieusement du dehors avec le but évident d’égarer le peuple ».

[1] « Si dieu existait, il n’y aurait pour lui qu’un seul moyen de servir la liberté humaine, ce serait de cesser d’exister ».

[2] Bakounine, Dieu et l’Etat, éditions Mille et une nuits, 99p, 3 euros

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