La lutte anti-dopage, éclaircissement sur la nouvelle star de l’audimat

Depuis cet été, chaque jour une dizaine d’articles (français et anglais) sont publiés à propos du dopage, et le piratage de donnée de l’AMA par un groupe de hackers russes remet la question au centre de l’actualité. Analyse de l’état de la lutte anti-dopage.

Cet article est une base d’information pour mieux comprendre ce qu’est le dopage, comment on le combat, dans le but d’en discuter de manière plus politique prochainement.

La définition du terme utilisée aujourd’hui par les journaux est fixée par l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) basée à Montréal. L’agence définit comme dopant toute présence de substance interdite dans un échantillon recueillit par urine ou prise de sang d’un sportif.  Elle promulgue chaque année la liste actualisée des substances interdites. Cette définition est donc fluctuante et peu compréhensible par le public. Sous quelles critères les substances sont considérées comme interdites ?

Pour comprendre cela il faut faire un petit peu d’histoire. La prise de produits pour améliorer les performances a toujours existé. Dans l’antiquité déjà, les athlètes mangeaient des herbes ou buvaient des cocktails avant de rentrer en compétition, les juges reniflaient l’haleine des athlètes pour vérifier qu’ils n’avaient pas pris d’alcool, considéré comme une triche. Le dopage « moderne » commence au début du XXème siècle et les dopés ne s’en cachaient pas. Et pour cause, cela n’était ni interdit ni moralement condamné.

Ce n’est qu’en 1965 qu’en France, qu’une loi sur le dopage voit le jour. Elle dispose que pour être dopante, une substance doit remplir deux des trois critères suivant : améliorer les performances physiques (1), être dangereux pour la santé de l’athlète (2) et être contraire à l’Ethique sportive (3). Il est ainsi logique que la cocaïne et le cannabis soient dans le rang des substances dopantes puisque dans l’imaginaire collectif le sportif est l’incarnation de l’hygiène de vie, son éthique lui interdit de se droguer. Concrètement, cette loi n’est pas efficace, car personne ne contrôle qui se dope ou non. Ce sera suite aux scandales dans les équipes cyclistes comme l’équipe FESTINA en 1998 qu’un virement est opéré. Le CIO (Comité International Olympique) crée l’Agence Mondiale antidopage en 1999. Cette agence compte aujourd’hui 38 laboratoires de contrôle. Elle institue en 2005 le Code Mondial Antidopage qui uniformise les règles en matière de dopage.

L’AMA est à moitié composée par les gouvernements, à moitié par les mouvements sportifs. Deux acteurs qui n’ont pas vraiment d’intérêts a à lutter efficacement contre le dopage. Chaque pays, dans une bataille mondiale de soft power, veut les meilleurs résultats sportifs, et les mouvements sportifs ne sont pas très regardant pour trouver un scandale qui ruinerait l’image de leur sport. On comprend alors mieux le très faible nombre officiel de dopés dans des sports tels que le tennis ou le football, qui ne s’explique pas seulement par la place de la technique.

De plus le système antidopage a des failles, dont une particulièrement d’actualité : les TUE (Therapic Use Exemptions). Il s’agit d’une exception à la règle antidopage qui prévoit que les athlètes peuvent prendre des médicaments pour traiter une maladie. Franck Boyer, cycliste professionnel, découvre du jour au lendemain qu’il fait des crises de cataplexie, son traitement contient des produits interdits. Il se voit contraint de choisir entre sa santé et son métier. Dans son cas, considérant que son traitement lui permet seulement de retrouver un état « normal » le TUE est autorisé. Toutefois, on a découvert grâce à un groupe de hackers qu’un nombre ahurissant de sportifs de haut niveau sont asthmatiques ou atteint de pleins de maladies farfelues leur permettant de prendre légalement toutes sortes de produits améliorant leur performance.

De l’autre côté, les techniques de contrôle antidopage se sont énormément renforcées. Lancé par la fédération mondiale d’athlétisme en 2009, le passeport biologique de l’athlète (PBA) enregistre toutes les données physiologiques des sportifs à chaque contrôle et détermine si l’évolution des données physiologiques du sportif est anormale, la difficile détection de substance n’est donc plus la seule solution. Cependant, peu d’athlètes ont pour l’instant été pris par ce système.

Plus encore, les sportifs professionnels sont aujourd’hui aussi surveillés que des criminels avec du logiciel ADAMS, un centre d’information où communiquent les laboratoires antidopage et où les données collectées sont mises en commun. La base de données agit comme un Big Brother : les sportifs sélectionnés par leur fédération doivent donner une heure par jour durant laquelle ils seront présents à un endroit donné dans le but de subir un contrôle antidopage. En cas de trois « no show », l’athlète est suspendu pour deux ans.

Ainsi la lutte antidopage est aujourd’hui scientifiquement très fonctionnelle, mais juridiquement et politiquement difficile à appliquer. Il faudrait donc se poser un peu plus sérieusement la question du pourquoi est-ce qu’on lutte contre le dopage ? Dans quels buts ? et si ces buts sont bien pertinents.

A suivre …

Louis Catteau

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