Leçon de démocratie sur le Danube

Après une pause bienvenue pour récupérer des émotions suscitées par le premier débat, une partie de l’audience est de retour pour scruter un échange brillant entre les deux listes de deuxième année. Un certain absentéisme est malheureusement à déplorer, deux heures dans un amphi étant surement une épreuve trop difficile pour ces tendres 1A.

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De gauche à droite : Martin Niedziela, Louis Lhomme, Julia Robin (CapitaListe), Zadig Tisserand, Margaux Barlet, Nancy Koleva (Sciences Pollywood). Crédits: Clara Marchaud

Zadig, qui brigue de poste suprême pour Sciences Pollywood, à l’honneur d’ouvrir la parole. Il annonce, dans un élan digne de Bertrand Renard, « les comptes sont bons ». Assis dans l’aile gauche de l’amphithéâtre son fidèle trésorier cache difficilement sa fierté. Ceux qui composent le BDE sortant comptent s’appuyer sur leur bilan. L’autosatisfaction est criante sur le WEI, l’organisation de « gros évènements » et de « grandes choses », tandis que Zadig vante les qualités de disponibilité et d’accessibilité, ce à quoi on pourrait ajouter l’hospitalité de la fameuse Enclave Arménienne. Il n’oublie pas de lancer une pique à l’encontre de ses rivaux, les considérant comme « une blague ».

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Martin, représentant de la CapitaListe, démontre ses talents d’orateur digne d’un co-président de Sciences Polémiques. Fier de ses valeurs, les yeux cachés derrière des lunettes de soleil au style inattaquable, il nous livre sa vision poignante de la mission du BDE. Il promeut le cumul des mandats, alors que les membres de la liste occupent des postes à responsabilité au sein de diverses organisations du campus. Il appelle de ses voeux la « rationalisation » de Sciences Po et se prononce sans grande surprise « en faveur de l’argent ».

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Louis, lui aussi co-président à la fois de la CapitaListe et de Sciences Polémiques, interrogé par Polo, lance les hostilités. Il clame sur un ton posé mais cinglant : « un bon BDE, c’est le talent ». Pour lui « les soirées, c’était nul », et termine par des salves qui feraient pâlir les plus grands orateurs de ce monde : « autant dégraisser le mammouth », « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ».

C’est au tour de Sciences Pollywood de vendre leur projet et se s’expliquer. Notamment sur l’adhésion, qui bien qu’elle soit facultative a fait jaser dans un campus particulièrement pingre. On retiendra la volonté d’organiser un WEIP (un WEI avec les IEP), ce qui provoque des cris de dégoût dans l’assemblée. A noter également l’annonce surprise et spontanée de Nancy : un prix pour celui qui choppera en dehors de Sciences Po. Noviny s’est empressé d’établir des côtes pour l’attribution de ce titre, et il s’agit de la même Nancy Koleva qui se place en favori, forte de son impressionnant tableau de chasse d’extra-dijonnais depuis qu’elle a quitté sa Bulgarie natale.

Les accusations et les révélations commencent à fuser. La CapitaListe annonce la découverte d’un poster de Bakounine dénudé dans les toilettes de Zadig. L’anarchiste aurait-il commis un attentat aux bonnes mœurs ? Dos au mur, il répond à cette accusation non pas par le déni mais par une contre-offensive. Selon ses dires Louis passerait ses longues nuits d’hiver dans les bras d’une poupée gonflable à l’effigie de Tony Blair. Alors qu’on guette le moindre signe de crispation dans les traits de l’amateur de politique anglaise mais celui-ci assume pleinement son amour parfois démesuré pour la troisième voie. Noviny s’est empressé de recueillir les propos de sa compagne, qui ne semble pas non plus gênée. Aucun des deux camps ne montre des signes de faiblesse, la CapitaListe décide alors de poursuivre ses attaques, accusant Zadig, leur cible favorite, de connivence avec les idées libérales de Margaret Thatcher. Celui-ci réplique en dévoilant la préférence de Martin pour la sociologie face à la finance, celui-ci se défend en expliquant qu’il devait comprendre le bas peuple pour mieux le contrôler.

Ce prodigieux exemple de rixe démocratique se poursuit avec l’affaire des agents doubles. Selon les dires de Sciences Pollywood, Caroline serait une espionne mandatée par la CapitaListe afin de récolter des informations auprès du BDE et de saborder ses plans. Là encore, la discussion nous éblouit de franchise et la manœuvre est complètement assumée par des capitalistes qui ciblent directement Margaux Barlet. La mystérieuse femme à la voiture serait-elle un agent infiltré de la CGT pour pervertir notre campus et rétablir le joug communiste ? Elle préfère écarter le sujet. Julia, elle-même juive et déviante sexuelle, fait tanguer ses adversaires justement sur la question de la diversité. On ne peut pas lui donner tort puisque la CapitaListe compte tout de même un oriental, un roux, un polonais (et Jeanne), alors que Sciences Pollywood se caractérise plutôt par la couleur brune (et je ne parle pas de leurs chemises). La meilleure défense était comme souvent l’attaque, c’est la précocité de Louis en terme d’ivresse qui est visée. Nous rappelons aux plus jeunes d’entre nous cette blackout où M. Lhomme n’avait pas pu passer le cap du before.

L’audience vient relancer cette lutte intense, sans merci, grandiose. Un fantôme de troisième année errant dans les rues romaines relance avec Louis le débat brûlant entre cravate et nœud papillon. Louis, chantre de la classe, tranche avec fermeté : « les cravates c’est quand même au-dessus ». On poursuit sur la question stylistique. Martin et ses lunettes aux couleurs de l’ennemi parisien sont visées. Après une longue et sinueuse démonstration qui a dû perdre les rares 1A encore présents, il convainc l’auditoire que se sont avec ces couleurs qu’il pourra changer le monde. Zadig se montre plus catégorique, le tranchant arménien répondant à la sophistication du sciences polémiste : « le noir c’est la couleur du néant de votre programme ».

Le débat se termine par un recentrage, ou plutôt un redroitage, vers des thématiques peu abordées jusqu’alors. L’identité de l’Europe chrétienne est pour certains menacée la venue annoncée de mentonnais à Dijon, mais aussi par cet arabisant d’Azur, atout beauté de la CapitaListe. Alors que la réponse ne se montre pas à la hauteur de la question, une nouvelle thématique est abordée. La dernière question concerne le refus de la création de « Sciences Pogrom » par l’administration, les candidats répondent par une ultime promesse électorale en annonçant qu’ils se chargeraient de ce problème une fois élu.

C’est ainsi que se clôt un débat passionnant, animé par des intervenants talentueux devant un public médusé par qualité de la performance. Une véritable leçon de démocratie, un échange stimulant d’arguments tous plus pertinents les uns que les autres. Quel que soit le résultat des urnes, c’est bien la Démocratie qui sera la grande gagnante de cette heure de grâce.

 

Marin Pugnat

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